Un budget vaut-il un reniement ? Sébastien Lecornu a annoncé, lundi 19 janvier, qu'il aurait recours à l'arme constitutionnelle de l'article 49.3, le lendemain, pour faire adopter son projet de loi de finances (PLF) sans vote des députés. Le Premier ministre ne tiendra donc pas la promesse qu'il avait faite sur le perron de Matignon le 3 octobre. "J'ai décidé de renoncer à l'article 49.3 de la Constitution", avait-il alors déclaré, évoquant "une nouvelle méthode" et "le moment le plus parlementaire de la Ve République". Le chef du gouvernement entendait alors contenter le Parti socialiste, qui réclamait l'abandon de cet outil constitutionnel très décrié.
Trois mois et demi plus tard, le Premier ministre a changé de pied et s'en est justifié à l'issue du Conseil des ministres qui s'est tenu lundi. "Plus qu'un engagement, c'est un pari que j'ai fait, a-t-il dit, celui de gouverner différemment." Mais il a jugé "que quelque chose [avait] commencé à s'embourber" et qu'il y aurait eu "de l'entêtement" à vouloir passer par un vote en bonne et due forme. Entre l'option des ordonnances budgétaires, jamais utilisées et dont le Parti socialiste ne voulait pas entendre parler, et celle du 49.3, maintes fois déclenché par ses prédécesseurs, le locataire de Matignon a tranché. "Je le fais avec une forme de regret et d'amertume", a-t-il confessé, reconnaissant un "semi-échec".
A l'Assemblée nationale, la situation est totalement bloquée, les débats étant interrompus depuis le 15 janvier au soir par le gouvernement. Avant Noël, le Parlement avait échoué à voter un budget pour la nation dans le délai de 70 jours, obligeant le gouvernement à faire voter une loi spéciale autorisant la levée de l'impôt et reconduisant à l'identique le budget de 2025. Il s'agissait d'une solution provisoire, à charge pour les parlementaires de trouver une issue pendant le mois de janvier.
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