Jamais un pays étranger n'en avait commandé autant. Derrière cette annonce, lundi 17 novembre, d'un accord entre les présidents français et ukrainien pour l'achat par Kiev de 100 avions de combat Rafale, beaucoup de questions subsistent. En attendant, pour marquer ce symbole fort, l'Élysée a soigné le décor. La signature s'est déroulée sur la base aérienne de Villacoublay, devant d'immenses drapeaux ukrainiens et français. Les deux présidents ont été installés solennellement derrière un pupitre, mais surtout devant un modèle rutilant de l'avion tricolore. Achat de 100 Rafale par l'Ukraine : "On veut adresser un message à la Russie", déclare le porte-parole du Quai d'Orsay https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/achat-de-100-rafale-par-l-ukraine-on-veut-adresser-un-message-a-la-russie-declare-le-porte-parole-du-quai-d-orsay.
Mais si l'image et le symbole sont forts, et il convient très vite de nuancer cette commande record. En réalité, il ne s'agit pas d'une commande ferme, pour l'instant, mais d'une déclaration d'intention de l'acquisition par Kiev de ces avions. Ainsi, au lendemain de la signature, il n'y a ni avions livrés, ni chèque à encaisser. La livraison n'interviendra sans doute pas avant plusieurs années. Le groupe Dassault Aviation sort actuellement deux Rafale par mois de son usine d'assemblage. Même si la cadence doit grimper dans les prochains mois puis les prochaines années, le carnet de commandes de l'industriel est déjà bien rempli, avec 239 exemplaires restants actuellement à livrer.
Concernant la facture, un Rafale équipé, comme l'accord semble l'indiquer, coûte 130 millions d'euros pièce. En multipliant par 100, on arrive à un montant de 13 milliards d'euros, sans compter l'entretien. Une somme rondelette qui pose une question cruciale : qui va payer ? Pour l'instant, c'est le gros blanc du contrat, même si plusieurs pistes de financement sont en débat depuis plusieurs mois déjà. La première mène au système de prêt mis en place par la Commission européenne, l'été dernier. Il s'agit d'un dispositif permettant de financer des projets de défense avec des remboursements repoussés d'au moins une dizaine d'années. L'autre piste, c'est l'utilisation des avoirs russes gelés en Europe par les sanctions visant Moscou depuis 2022 : 140 milliards qui dorment dans les placards. Les Européens semblent décidés à les utiliser, à condition de trouver une voie juridique pour le faire, sans s'exposer à des procédures qui, à terme, pourraient coûter très cher.
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