« Bonne mère ! » Au lendemain du second tour des municipales, Marseille se réveille avec un maire conforté dans ses fonctions. Porté par une large union de la gauche (hors LFI), Benoît Payan l’emporte nettement avec 54,34 % des voix face au candidat du Rassemblement national, Franck Allisio (40,30 %). La candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, est reléguée loin derrière, à 5,36 %. Le scrutin n’en demeure pas moins marqué par un premier tour extrêmement serré : Benoît Payan (36,7 %) ne devançait alors Franck Allisio (35,02 %) que de peu, avant que le candidat insoumis Sébastien Delogu, ne se désiste, plaçant Marseille sur une ligne de crête. Dans la deuxième ville de France, où la perspective d’une victoire du RN avait gagné en crédibilité, l’élection était scrutée de près à un an de la présidentielle.
À la tête d’une large coalition de gauche, Benoît Payan consolide son ancrage municipal. Le maire sortant avait fait le pari risqué de ne pas sceller d’alliance avec La France insoumise, invoquant des divergences de fond. Un choix validé par les urnes. Pour la sénatrice socialiste Marie-Arlette Carlotti, le résultat dépasse le seul cadre local : « Les Marseillais se sont mobilisés et ont empêché la ville de basculer au RN », souligne-t-elle. Elle insiste sur la portée du scrutin, rappelant que l’extrême droite n’avait « jamais été aussi proche » de s’imposer à Marseille. Le cas marseillais, illustre que face à un RN en progression, la gauche peut encore l’emporter sans union complète, y compris dans une ville restée ancrée à droite pendant plus de deux décennies. « Le RN n’a pas su convaincre une majorité de Marseillais pour battre M. Payan et incarner l’alternance. Il existe dans cette ville une résistance au second tour face aux extrêmes », analyse Romain Simmarino, porte-parole de Martine Vassal.
Le parti à la flamme ne pourra pas ajouter à son tableau de chasse la deuxième ville de France. Incapable de conquérir la mairie centrale, le Rassemblement national sort tout de même renforcé de ce scrutin. Pour Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS, l’échec du RN ne doit pas masquer une dynamique plus profonde : « Le RN a renforcé son ancrage dans le pourtour méditerranéen » et capte une partie croissante de l’électorat de droite. « Le RN a réussi à mordre sur l’électorat de droite, notamment là où celle-ci s’est rapprochée du macronisme, laissant un espace politique libre », ajoute Gilles Ivaldi tempère :
À Marseille, cette poussée se traduit concrètement : le RN remporte deux mairies de secteur : (9e-10e et 11e-12e arrondissements), obtient 34 élus municipaux et dépasse parfois les 50 % dans certains territoires. Dans les 11e et 12e arrondissements, Franck Allisio réalise ses meilleurs scores, franchissant respectivement les 55 % et 53 %. Il s’impose également dans le 13e arrondissement et arrive en tête dans des secteurs parmi les plus peuplés de la ville. Dans les quartiers nord, en revanche, le maire sortant, Benoît Payan conserve l’avantage, avec environ dix points d’avance dans les 14e, 15e et 16e arrondissements. Franck Allisio a salué un résultat « historique », affirmant qu’« jamais depuis 1993, un candidat de la droite ou du camp national n’avait réuni autant de suffrages ».
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