C’est une petite maison, pas plus de 150 nouveautés par an, romans et essais, loin des mastodontes Gallimard ou Le Seuil. Petite par la taille mais grande par le prestige, l’ancienneté, sa moisson de prix littéraires sur ses célèbres couvertures jaune. Voilà plus d’un siècle que Bernard Grasset a installé les éditions qui portent son nom au 61 rue des Saints-Pères, en face de Science Po -elles y sont toujours. Voilà 26 ans qu’Olivier Nora incarnait la maison. Et deux ans et demi qu’il se savait en sursis, depuis la prise de contrôle du groupe Hachette par Vincent Bolloré. Contre lequel il avait eu le culot de signer une pétition de soutien à la rédaction du JDD.
Mais contrairement à Fayard, Grasset n’avait pas été ‘bollorisé’. Nora en était le garant et le symbole. Hier matin encore, avec ses auteurs, il défendait les parutions de sa rentrée face aux représentants commerciaux. Quand la nouvelle de son licenciement est tombée, vers midi et quart, Olivier Nora a disparu, laissant des flopées d’écrivains en désarroi. Et un très bref message : « Je suis fier d’avoir pu porter les couleurs de Grasset, en toute indépendance ». C’est ce dernier mot qui est important.
Vincent Bolloré ne s’est même pas donné la peine de nommer un homme ou une femme de métier, éditeur ou éditrice. Il a, comme chaque fois, pris le pouvoir, en plaçant l’un de ses lieutenants, énarque et financier, Jean-Christophe Thiery. Comme un bras d’honneur à deux jours du Salon du livre, comme pour dire : c’est moi qui commande.
Le nouveau livre de Boualem Sensal devrait donc paraitre chez Grasset en juin. Quand Olivier Nora préférait attendre octobre, pour travailler sur le manuscrit de l’écrivain franco-algérien. Est-ce ce désaccord qui a provoqué la rupture ? Ou bien a-t-il servi de prétexte ? Les amis comme les concurrents d’Olivier Nora –c’est souvent les mêmes- ne donnent pas cher de l’avenir de cette vieille maison. Les auteurs, scandalisés, et qui échangent sur une boucle WhatsApp, devraient fuir en masse, s’ils arrivent à rompre leurs contrats et récupérer leurs droits.
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