Le Parlement européen a voté mercredi en faveur d’une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne, afin de vérifier la légalité de l’accord entre l’UE et le Mercosur. Les eurodéputés ont donné leur accord avec 334 voix pour et 324 contre. Cette saisine de la Cour bloque en théorie l’entrée en vigueur de cet accord commercial pendant plusieurs mois.
Dans l’intervalle, la Commission européenne a toutefois la possibilité d’appliquer le traité à titre provisoire si elle le souhaite. Cet accord doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine, tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
La France a réagi après l’annonce du vote. «Le Parlement européen s’est exprimé en cohérence avec la position de la France», a déclaré Jean-Noël Barrot, le chef de la diplomatie française, avant d’ajouter sur X : «La France assume de dire non quand il le faut, et souvent l’Histoire lui donne raison». «Le combat continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire», a-t-il poursuivi, alors que les agriculteurs français sont fortement mobilisés contre cet accord. Le chancelier allemand Merz a quant à lui jugé «regrettable» la décision du Parlement européen sur l’accord Mercosur.
Le vote des eurodéputés a également été accueilli dans la joie par des centaines d’agriculteurs, encore réunis devant le Parlement européen au lendemain d’une manifestation de plusieurs milliers d’entre eux. «On peut être fiers (...). On est rincés, ça fait des mois et des mois, des années qu’on est sur ce sujet», a réagi Quentin Le Guillous, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs.
C’est «une victoire syndicale», a estimé de son côté l’alliance syndicale française FNSEA-JA, mettant en garde contre toute application, «même provisoire», de l’accord. «Le Parlement européen se range du côté des agriculteurs», s’est félicitée dans un communiqué l’alliance FNSEA-Jeunes agriculteurs, première force syndicale agricole en France, saluant «un signal politique fort, clair et sans ambiguïté». «En l’état, toute application unilatérale, même provisoire, de cet accord serait inacceptable», préviennent ces syndicats, réaffirmant que «les agriculteurs européens ne peuvent pas être la variable d’ajustement du commerce international».
«C’est un peu l’euphorie, c’est un très long combat» a dit Romain Blanchard, 44 ans, qui produit du vin et des céréales dans les bouches du Rhône (sud de la France). «On a fait neuf heures de route, on laisse nos fermes, nos familles pour être là. Ça s’est joué à pas grand-chose». La saisine de la Cour pourrait retarder d’un an et demi le vote global du Parlement européen sur la ratification de ce traité conclu avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.
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